Histoire de la rue Masson

Le village Rosemont

Vers 1890, la compagne Canadien Pacifique a besoin de terrains pour construire des usines destinées à la fabrication et à l’entretien des trains.

Elle approche Ucal-Henri Dandurand, un riche homme d’affaires, pour les trouver. Entre 1892 et 1902, la compagnie achète des terrains au nord du quartier Hochelaga pour construire les usines Angus.

La construction commence donc en 1902 et le site est inauguré en 1904. Cette même année, une station de tramway permet aux ouvriers de s’y rendre.

Toutefois, Ucal-Henri Dandurand ne se contente pas de trouver des terrains pour le Canadien Pacifique. Il comprend que tous ces ouvriers auront besoin de se loger. Aussi, dès 1899, avec son associé Herbert Holt, il s’intéresse à une terre au nord des usines Angus, la terre Crawford.

Les deux associés achètent le terrain et le divisent en lots pour construire des maisons et font le tracé des rues et des ruelles de ce qui va devenir le Vieux Rosemont. Ils donnent leurs propres noms aux rues Holt et Dandurand et décident de numéroter les avenues. Afin de vendre ces lots plus facilement, ils les vendent à crédit, ce qui ne se faisait pas à l’époque. Ils font donc partie des inventeurs du prêt hypothécaire.

C’est ainsi qu’en 1905, le village de la Petite-Côte devient le village de Rosemont : « Rose » parce que c’est le prénom de la mère de Dandurand et « mont » parce que c’est dans ce village que se trouve le point le plus élevé de l’île de Montréal après le mont Royal.

La rue Masson

La rue Masson est nommée en 1903 et ouverte l’année suivante. À ses débuts, elle s’étend de l’avenue Papineau jusqu’au chemin de fer du Canadien Pacifique, puis reprend de la 1re à la 10e avenue. En 1914, elle rejoint le boulevard Pie-IX. La construction d’un pont ferroviaire en 1959 permet de lever l’obstacle de la voie ferrée. La rue est nommée en l’honneur de Joseph Masson (1791-1847), riche négociant et premier millionnaire canadien-français. De l’ouest vers l’est, la rue Masson parcourt les arrondissements du Plateau-Mont-Royal et de Rosemont—La Petite-Patrie dont elle est une artère commerciale importante.

L’artère commerciale

Dès la fondation  du quartier Rosemont en 1905, la rue Masson est identifiée comme l’artère commerciale principale du quartier. Son essor se poursuit jusqu’au début des années 50, date de l’ouverture du premier centre d’achat de Montréal, situé à l’angle du Boulevard Pie IX et de la rue Jean-Talon. Une partie de la clientèle traditionnelle de la rue Masson fréquente moins l’artère commerciale au profit du Centre « Le Boulevard ».

Plusieurs organisations tenteront, au cours des années 50 et 60, de regrouper les commerçants et les professionnels de l’artère pour atténuer ce phénomène, mais sans grands succès.

C’est alors que dans les années 70 la Société Marathon projette de construire un grand centre commercial sur les terrains de l’usine Angus, situés au sud de la rue Masson à quelques centaines de mètres de l’artère commerciale.

Craignant que ce futur pôle de 400 commerces ne réduise les artères commerciales en simples rues de dépannage, les gens d’affaires s’unissent au sein du Regroupement des marchands de l’Est et réussissent à empêcher ce projet. Devant cette réussite, l’idée de créer une association de commerçants commence à germer et aboutit à la création des Sociétés d’Initiative de Développement des Artères Commerciales (SIDAC).

C’est en 1980 que la ville de Montréal obtient le pouvoir de mettre en place les SIDAC. C’est à partir de l’été 1981, que les quatre premières SIDAC de Montréal ont vu le jour, il s’agit de Monk, Ontario, St-Hubert et Masson. Enfin, c’est en 1998 que les SIDAC changent de nom et deviennent des SDC (Sociétés de Développement Commercial).

À ce jour ce sont plus de cinquante SDC qui  se sont formées à travers le Québec et leur nombre ne cesse de croitre. Avec des milliers de membres, les SDC deviennent un levier important tant sur le plan économique que social. Leurs activités ont permis aussi de préserver la vigueur des centres villes et des quartiers.

Vingt SDC sont regroupées au sein de l’association des sociétés de développement commercial de Montréal, lesquelles totalisent plus de 12 000 commerces et places d’affaires à travers la ville.

La Promenade Masson aujourd’hui

La Promenade Masson, c’est 150 commerçants et professionnels établis sur la rue Masson, entre la rue d’Iberville et la 12ième avenue.

C’est une artère familiale et paisible où il fait bon vivre, elle se porte bien en  présentant le taux le moins élevé de locaux vacants. Son futur s’avère positif et les opportunités de marché existent pour assurer la pérennité du lieu.

C’est l’organisme sans but lucratif, la SDC Promenade Masson, représentant les commerçants et professionnels de l’artère, qui déploie les moyens nécessaires pour mettre en œuvre la mission de l’association à savoir promouvoir et développer l’artère commerciale.

Ainsi plusieurs projets ont été réalisés, tels que :

  • Déploiement du réseau Wifi public et gratuit sur l’ensemble de l’artère commerciale;
  • Installation de guirlandes lumineuses sur toute la longueur de l’artère;
  • Organisation d’activités d’animations,
  • Déploiement des décorations de Noël;
  • Mise en opération d’une navette gratuite durant la période des fêtes de fin d’année;
  • Mise en place de campagnes de verdissement annuelle de l’artère (vélos rouges, carrés d’arbres, jardinières suspendues, bacs à fleurs hémisphériques);
  • Installation de ruches sur le toit-terrasse d’un bâtiment de la Promenade Masson, pour contribuer à la pollinisation de la flore du quartier
  • Projection de films en plein air, au parc du Pélican;
  • Installation de cendriers à recyclage de mégots;
  • Mise en place d’une brigade de propreté;
  • Installation de deux boîtes à sacs réutilisables gratuits (Prenez-en / Mettez-en);
  • Réalisation de murales;

Et bien d’autres en cours ou à venir.

Quelques petites histoires :

Vendre des bonbons sur la rue Masson

Native de la 1re Avenue au début des années 1930, Jacqueline [Grenon-Sévigny] a amorcé sa carrière de vendeuse à l’âge de 13 ans chez Oscar Bonbons et Biscuits, maintenant occupé par la quincaillerie Lalonde. Signe de temps maintenant révolus, à l’époque, le commerce conservait toujours dans l’arrière-boutique des boîtes de biscuits cassés qui n’avaient pas supporté le transport et qu’on vendait à la livre, sans toutefois les étaler en magasin. « Il y avait un monsieur qui venait régulièrement en acheter pour son chien. Nous, les vendeuses, ça nous faisait bien rire, car nous avions des doutes sur le chien amateur de biscuits ! » raconte-t-elle.

Le personnel de la confiserie Oscar, sur la rue Masson, en 1942.
Le personnel de la confiserie Oscar, sur la rue Masson, en 1942. Source : Don de Marcel Meloche à la Société d’histoire Rosemont-Petite-Patrie

La quincaillerie Bélanger, à l’épreuve du feu

La quincaillerie Bélanger est installée sur la rue Masson depuis 1933. Octave Bélanger avait fondé une première « ferronnerie » dans le quartier Sainte-Marie en 1912. Son fils Eugène a été parmi le regroupement des dix premiers commerçants à l’origine du groupe RONA dans les années 1960 et son propos fils Claude s’est impliqué dans la lutte des marchands de la rue Masson contre l’implantation d’un méga-centre commercial sur les terrains des anciennes usines Angus au tournant des années 1980. Son fils Dominique a maintenant les rênes en mains.

La ferronnerie Bélanger sur la rue Masson, vers 1940 Source : Don d’Eugène Bélanger à la société d’histoire Rosemont-Petite-Patrie

La quincaillerie a survécu à deux incendies, un premier en 1956 et un second en 1979, après lequel l’immeuble dut être complètement reconstruit.

Incendie à la quincaillerie Bélanger, en 1979 Source : Don de Claude Bélanger à la société d’histoire Rosemont-Petite-Patrie

Sources

1 commentaire

  1. Michele Drapeau

    C’est avec regret que je constate que seulement les cinq dernières années ont été recensées comme faisant parti des projets de développements, il y a eu au cours de ces 40 dernières années une multitudes d’actions pour promouvoir, servir et sécuriser cette artère: La rue Masson le coeur de Rosemont.

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