Mystère: La disparition du 3112, rue Masson

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Si vous vous promenez sur la rue Masson entre la 8e et la 9e Avenue, vous remarquerez qu’une adresse a disparu : le 3112. Que s’est-il passé ? Explications…

Un texte de Lise LaPalme, Société d’histoire de Rosemont-Petite-Patrie

Tout débute en 1925, lorsque Wilfrid Lemoine, propriétaire d’une quincaillerie située au 3119 rue Masson — emplacement de l’actuel Café Lézard — achète d’Alexandre Proulx les lots 172-812 et 172-813, directement en face de son commerce. En 1928, il cède ces terrains à son père, Olivier Lemoine, contremaître dans une manufacture de chaussures à Saint-Hyacinthe. C’est à ce moment que sont construits deux immeubles de deux étages regroupant les adresses 3106 à 3112 et 3114 à 3116 rue Masson.

Atlas Goad 1929 (révisé janvier 1946) de 5e à 9e

Le 3112 est d’abord occupé par un jeune marchand, Ronald Faulkner, spécialisé dans la tabagie, la papeterie et les articles de variétés. Né à Hull en 1903, fils d’un pharmacien, il épouse en 1940 Marie Blanche Irène Claire Riopel à la paroisse Immaculée-Conception.

Vers 1930, Faulkner fait la connaissance d’Adrien Bussières, barbier originaire de Verchères, marié depuis 1922 à Marie-Louise Archambault et père de deux enfants, Julien (né en 1928) et Judith (née en 1925). Faulkner l’invite à s’associer à lui dans le commerce de la rue Masson et à partager sa résidence du 5834, 3e Avenue.

L’association tourne court : Faulkner quitte vers 1933, et Bussières poursuit l’exploitation de la tabagie, papeterie et salon de barbier avec un nouvel associé, Georges Caron. En 1935, il change encore d’associé au profit de J.-N. Dubeau.

Adrien Bussières dans sa tabagie vers 1940 _Collection ShRPP_Fonds Bussières, F-1643. | Image colorisée.

Pour son travail, Bussières a toujours été locataire de la famille Lemoine; d’abord d’Olivier Lemoine, puis vers 1945, de Léonide Charron épouse de Wilfrid Lemoine, le propriétaire des lots en 1925. Pour son domicile, il a été locataire au 5834 3e av au 5830a 3e av, puis au 5158, 9e av en 1935.

À partir de 1936, Adrien Bussières dirige seul le commerce du 3112 rue Masson, une activité qu’il poursuivra jusqu’en 1948. Il habite alors l’étage du 3114, dans la maison voisine. Sous son nom, la tabagie demeure en activité jusqu’en 1985, avant de devenir, de 1986 à 1996, la Librairie-Tabagie Gilles Gingras enr.

Le 3114 reste inscrit comme domicile d’Adrien dans le Lovell jusqu’en 1965. Son fils Julien, devenu dentiste, y installe son cabinet à partir de 1948, bien qu’il habite lui-même sur la 33e Avenue. Adrien Bussières s’éteint le 9 janvier 1988 à Saint-Eustache.

Le bâtiment 3112/3114 rue Masson en 1990 tel qu’il a été construit dans les années’20. Collection ShRPP_ E-2480

De son côté, le 3116 rue Masson est occupé par le bijoutier Claude Gougeon. À la fin des années 1960, celui-ci prend de l’expansion en achetant l’ensemble des propriétés couvrant les adresses 3106 à 3112 et 3114 à 3116. En 1996, il agrandit sa bijouterie vers l’ouest en faisant tomber le mur mitoyen entre ses deux bâtiments. Cette transformation mène à la disparition du 3112 rue Masson — absorbé dans un commerce élargi.

À gauche, la Bijouterie Gougeon en 2015. À droite, l’actuel restaurant Poke Monster depuis février 2025.

La Bijouterie Gougeon poursuivra ses activités jusqu’en décembre 2021, moment où elle ferme définitivement ses portes. Le local demeure vacant pendant de longs mois, avant de reprendre vie le 22 février 2025 avec l’ouverture du restaurant Poké Monster, marquant une nouvelle étape dans l’histoire commerciale de cet immeuble.

Aujourd’hui, le site témoigne de cette modification qui a fait disparaître une adresse autrefois bien vivante dans l’histoire commerciale de la Promenade Masson.

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